Bilan 2025 : +1,3% d'exportations, mais l’automobile et la cosmétique fragilisées en Centre-Val de Loire

Alors que l’année 2025 s’achève sur une note en trompe-l’œil pour le commerce extérieur de la région Centre-Val de Loire, les chiffres publiés par les Douanes et la Banque de France dessinent un paradoxe. D’un côté, les exportations régionales progressent de 1,3 % sur un an, portées par la pharmacie et l’aéronautique. De l’autre, deux fleurons industriels historiques – l’automobile et la cosmétique – subissent de plein fouet la concurrence internationale et des carnets de commandes en berne. Décryptage d’un bilan contrasté à l’heure où la région prépare sa feuille de route 2026.
Des exportations régionales en légère hausse, mais un excédent qui s’érode
Selon les données consolidées par la Direction régionale des Douanes et compilées par EcoZoom Centre-Val de Loire, la région a réalisé sur les quatre derniers trimestres de 2025 un total d’exportations de 28,5 milliards d’euros, soit une hausse de +1,3 % par rapport à la période précédente . Cette performance place le Centre-Val de Loire au 5ᵉ rang des régions exportatrices françaises, derrière l’Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, les Hauts-de-France et le Grand Est, mais devant la Normandie et la Nouvelle-Aquitaine .
Le solde commercial régional reste quant à lui légèrement déficitaire à -509 millions d’euros sur l’ensemble de l’année, un résultat moins favorable qu’en 2024 où la région affichait un quasi-équilibre . Ce repli s’explique par une hausse des importations (+2,8 % en cumul annuel) qui a légèrement dépassé celle des ventes à l’étranger .
« La région Centre-Val de Loire représente 4,8 % des exportations françaises et 4,2 % des importations. Sa part dans le commerce extérieur national reste stable, mais les tensions sectorielles se précisent », indique le rapport des Douanes publié en février 2026 .
Le Loiret, locomotive exportatrice, mais en perte de vitesse
Le Loiret continue de dominer très largement les échanges régionaux. Avec 13,8 milliards d’euros d’exportations sur les quatre derniers trimestres, le département concentre à lui seul 48,5 % du total régional. Il est suivi par l’Eure-et-Loir (6,6 milliards, 23,1 %) et l’Indre-et-Loire (3 milliards, 10,6 %) .
Pourtant, cette performance départementale cache une tendance préoccupante. Au premier trimestre 2025, le Loiret a vu ses exportations chuter à 2,88 milliards d’euros, un recul marqué par rapport au dernier trimestre 2024 . La République du Centre évoquait dès juin 2025 « de mauvais chiffres pour le commerce extérieur dans le Loiret », avec un retour en territoire déficitaire après une embellie de fin 2024 .
Pharmacie et aéronautique : les piliers qui tiennent
Malgré ces vents contraires, certains secteurs tirent leur épingle du jeu. Selon le palmarès produits publié par EcoZoom, les produits pharmaceutiques demeurent de loin le premier poste d’exportation régional, représentant 23,4 % des ventes totales. Ce secteur bénéficie d’une demande internationale soutenue et d’une implantation industrielle solide autour d’Orléans et de Tours .
Deuxième secteur le plus dynamique : les savons, produits d’entretien et parfums (cosmétique et chimie fine), qui pèsent 14,8 % des exportations régionales. La présence d’usines historiques dans le Loiret et l’Indre-et-Loire permet à la filière de maintenir un volume d’affaires conséquent, même si les marges subissent la pression des concurrents asiatiques et américains .
L’aéronautique complète le podium des filières d’excellence. Sans figurer dans le top 5 des produits détaillés par EcoZoom, elle est régulièrement citée par la Banque de France comme l’un des secteurs « favorablement orientés » dans ses enquêtes de conjoncture régionale .
Automobile et cosmétique : deux fleurons en fragilité
C’est là que le bilan 2025 se nuance. Si la cosmétique reste un poids lourd des exportations, plusieurs signaux d’alerte se sont allumés au cours de l’année. La concurrence américaine – notamment depuis la mise en œuvre de nouvelles politiques commerciales – et la montée en puissance des fabricants asiatiques ont pesé sur les carnets de commandes des usines du Loiret et d’Eure-et-Loir.
Le secteur automobile, quant à lui, traverse une zone de turbulences. Selon les données de l’Observatoire Économique Territorial (OET), les exportations industrielles de la région ont enregistré au troisième trimestre 2025 une hausse de +9 % en valeur, mais cette progression ne profite que marginalement à l’automobile, qui subit à la fois la transition vers l’électrique et des difficultés d’approvisionnement en composants .
Le Loir-et-Cher illustre cette fragilité : avec un taux de couverture de seulement 66 % (contre 95,7 % pour l’ensemble régional), le département accuse un déficit commercial structurel. Ses exportations de produits industriels ont chuté de 10,5 % sur un an, pendant que les importations progressaient .
Une conjoncture nationale qui pèse
Les chiffres régionaux s’inscrivent dans un contexte national tout aussi contrasté. La Banque de France a publié en février 2026 le bilan des échanges extérieurs français pour décembre 2025 : le déficit courant annuel atteint 12,5 milliards d’euros, après un excédent de 3,4 milliards en 2024 .
Sur le seul mois de décembre 2025, le déficit commercial (hors services) s’est creusé à 4 milliards d’euros, contre 3,6 milliards en novembre. Les services – notamment le tourisme – restent le seul véritable moteur excédentaire, avec un solde stable à 4 milliards mensuels .
Ce contexte national pèse sur les entreprises régionales. Les crédits d’équipement accordés aux entreprises du Centre-Val de Loire n’ont progressé que de +2,2 % en cumul annuel au quatrième trimestre 2025, un rythme moins soutenu qu’en 2024. Dans le Loir-et-Cher, la hausse atteint encore 5,9 %, mais les créations d’entreprises industrielles et commerciales ont chuté de 19,3 % sur un an .
Défaillances en hausse : le signal d’une fragilisation
L’un des indicateurs les plus préoccupants concerne les défaillances d’entreprises. Sur les douze mois à novembre 2025, la région Centre-Val de Loire a enregistré 2 285 procédures collectives, soit 95 de plus que l’année précédente .
Ce chiffre reste moins élevé qu’au niveau national où le total dépasse 68 000 défaillances, mais la tendance haussière confirme un environnement économique plus difficile pour les PME régionales, particulièrement dans l’industrie et le commerce de gros.
Quelles perspectives pour 2026 ?
L’enquête de conjoncture que la Banque de France mène chaque année auprès des chefs d’entreprise a été présentée en décembre 2025. Sans dévoiler encore tous ses résultats, elle souligne une prudence accrue des décideurs face aux incertitudes budgétaires et commerciales .
Pour 2026, la région peut compter sur des atouts : la diversification de ses filières exportatrices (pharmacie, aéronautique, agroalimentaire) et une position géographique stratégique au cœur de l’Europe. Mais elle devra composer avec des fragilités structurelles : concentration excessive des exportations sur deux départements (Loiret et Eure-et-Loir) et perte de compétitivité dans des secteurs historiques comme la cosmétique et l’automobile.
L’enjeu pour les mois à venir sera de soutenir la transition industrielle de ces filières fragilisées, alors que les investissements ralentissent et que le marché du travail montre des signes de tension. La réponse passera par une meilleure coordination entre acteurs publics et privés, alors que la Région Centre-Val de Loire prépare activement l’échéance de Bourges 2028, Capitale européenne de la culture, un événement qui pourrait aussi être un levier de rayonnement économique.
Tableau de synthèse – Commerce extérieur du Centre-Val de Loire en 2025
Indicateur | Valeur | Évolution |
|---|---|---|
Exportations totales (4T 2024 – 3T 2025) | 28,5 Mds € | +1,3 % |
Importations totales | 29,0 Mds € | +2,8 % |
Solde commercial | -509 M€ | Dégradation |
Part des exportations françaises | 4,8 % | Stable |
Loiret – part des exports régionaux | 48,5 % | – |
Top secteur exportateur | Pharmacie (23,4 %) | – |
Défaillances d’entreprises (cumul 12 mois) | 2 285 | +95 |
Sources : Douanes et droits indirects Centre-Val de Loire, EcoZoom Centre-Val de Loire, Banque de France, Observatoire Économique Territorial (OET), La République du Centre.

