Aéronautique, agroalimentaire, BTP : les 3 secteurs qui tirent l’économie régionale en 2026

Par Rédaction 5 min de lecture
Aéronautique, agroalimentaire, BTP : les 3 secteurs qui tirent l’économie régionale en 2026

Alors que l’incertitude budgétaire et les tensions commerciales internationales pèsent sur l’économie française, la région Centre-Val de Loire peut compter sur trois filières d’excellence pour maintenir le cap. L’aéronautique, l’agroalimentaire et le BTP tirent leur épingle du jeu en 2026, soutenus par des investissements structurants, une demande soutenue et des stratégies collectives de long terme. Décryptage des forces qui font la résilience économique régionale.

L’enquête régionale de la Banque de France, présentée en février 2026, dresse un panorama contrasté mais porteur d’espoir. Si certains secteurs comme l’automobile, la cosmétique ou la pharmacie subissent une concurrence accrue, trois filières affichent une santé économique enviable.

L’aéronautique bénéficie d’un carnet de commandes bien garni, l’agroalimentaire capitalise sur le dynamisme de la 3ᵉ région agricole d’Europe, et le BTP profite d’une reprise portée par les grands chantiers d’aménagement. Voici pourquoi ces trois secteurs sont aujourd’hui les moteurs de l’économie régionale .

Agroalimentaire : une région agricole de premier plan qui se structure

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Le Centre-Val de Loire est la 3ᵉ région agricole européenne pour la production de céréales et de protéagineux. Sur les 2,4 millions d’hectares de surface agricole utilisée, 71 % sont consacrés aux grandes cultures. La région compte aujourd’hui 22 500 exploitations agricoles, qui génèrent 33 420 emplois directs et un chiffre d’affaires de 5,9 milliards d’euros .

Du côté de la transformation, l’agroalimentaire régional représente 342 établissements employant 14 332 salariés pour un chiffre d’affaires de 3,4 milliards d’euros. Une centaine de spécialités culinaires sont inscrites au patrimoine, des lentilles vertes du Berry aux rillettes de Tours, en passant par les vins d’appellation .

Une charte d’engagement pour structurer la filière

Le 24 février 2026, à l’occasion du Salon international de l’agriculture, l’État, la Région Centre-Val de Loire, la Chambre régionale d’agriculture et l’Association régionale des entreprises alimentaires (AREA) ont signé une charte d’engagement commune intitulée « Pour une ferme Centre-Val de Loire structurée autour de filières créatrices de valeur ajoutée et d’emploi » .

Le diagnostic est clair : la transformation ne capte pas encore toute la valeur produite. Le chiffre d’affaires des industries agroalimentaires reste inférieur à celui de la production agricole, ce qui signifie que les matières premières quittent encore trop souvent la région pour être transformées ailleurs .

La charte fixe quatre axes stratégiques :

  • Consolider les filières existantes en mettant l’accent sur les outils de transformation (abattoirs, légumeries, ateliers de conditionnement)

  • Relocaliser l’approvisionnement pour que les industries locales privilégient les matières premières régionales

  • Soutenir les projets industriels émergents, notamment dans les filières innovantes

  • Préparer le développement de nouvelles filières à forte valeur ajoutée, en anticipant les évolutions climatiques et les mutations de la consommation

François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire, a salué une démarche qui « regarde devant » plutôt que de céder au découragement. Paul-Olivier Claudepierre, président de l’AREA, a insisté sur la nécessité de « créer davantage de valeur et de mieux la partager entre producteurs et transformateurs » .

Les protéines végétales, filière d’avenir

Le Centre-Val de Loire se positionne comme l’une des rares régions françaises à être présente sur toute la chaîne de valeur des protéines végétales, de la production agricole (pois, lentilles, soja, féveroles) à la transformation industrielle.

Deux projets majeurs illustrent cette dynamique :

  • Intact Régénérative à Baule (Loiret) développe une technologie brevetée d’extraction par voie sèche, sans solvants ni additifs chimiques

  • L’Atelier Inové du groupe LSDH a investi 36 millions d’euros dans un centre d’extraction de jus végétaux

Une quarantaine d’acteurs sont déjà identifiés sur cette filière d’avenir, qui répond à la fois aux enjeux de souveraineté alimentaire et aux nouvelles attentes des consommateurs.

Des innovations concrètes sur le terrain

L’agriculture régionale ne se contente pas de produire en quantité : elle innove. Plusieurs initiatives ont été mises en lumière par la Banque de France et Dev’up Centre-Val de Loire :

  • Des Cuma viticoles expérimentent des robots autonomes pour les travaux du sol

  • Vantage AM (Déols, Indre) développe des systèmes de guidage GPS et laser pour l’agriculture de précision

  • Evo’Mat (Eure-et-Loir) propose des solutions d’autoguidage pour réduire l’usage d’intrants

  • Un projet porté par la Cuma des Sarmates (Loiret) utilise un outil optique de détection et pulvérisation ciblée, primé par le prix Xavier-Beulin

Du côté de la transformation, des entreprises comme Balarama (Fondettes) développent des gammes dédiées à la silver nutrition et à la beauty food, tandis que LSDH et Mars Petcare Orléans optimisent leurs lignes de production grâce à la robotique et à la digitalisation .

Aéronautique : un secteur « favorablement orienté » malgré les turbulences

La Banque de France confirme le dynamisme

Selon l’enquête de conjoncture de la Banque de France publiée en février 2026, l’aéronautique figure parmi les secteurs industriels « favorablement orientés » en termes de chiffre d’affaires. L’activité industrielle dépasse même la moyenne de long terme pour le huitième mois consécutif, portée notamment par les secteurs de la défense et de l’aérospatiale .

Ce dynamisme s’explique par plusieurs facteurs :

  • La baisse de l’inflation à 0,4 % en France, qui offre un avantage compétitif aux entreprises industrielles de la région

  • L’impact modeste des hausses de droits de douane, qui a préservé les carnets de commandes

  • Une évolution favorable des exportations, avec une hausse de 1,3 % des ventes à l’international en 2025

Des tensions persistantes mais maîtrisées

Malgré ce contexte porteur, des tensions subsistent. Les problèmes d’approvisionnement, bien que modérés, ont fait un retour en force dans l’aéronautique depuis quelques mois. Certaines entreprises se tournent vers la Corée du Sud pour contourner les difficultés rencontrées avec des fournisseurs américains ou chinois .

La défense des marges et la recherche de compétitivité restent des préoccupations majeures, comme en témoigne le différentiel entre une croissance affermie et une stagnation de l’emploi dans l’industrie .

Un écosystème régional structuré

La région Centre-Val de Loire abrite une filière aéronautique complète, avec des sites de production dans le Loiret, l’Eure-et-Loir et l’Indre-et-Loire. La plateforme cartographique interactive des filières d’excellence, accessible via EcoZoom, permet de visualiser l’ensemble des acteurs : aéronautique, ferroviaire, automobile, nucléaire, cosmétique .

Cette concentration d’expertises fait du Centre-Val de Loire une région clé pour l’aéronautique française, aux côtés de la Nouvelle-Aquitaine et de l’Occitanie.

BTP : un rebond porté par l’emploi et la formation

Une activité qui se redresse

Le BTP a connu une année 2025 contrastée. Selon la Banque de France, le gros œuvre a fortement reculé après plusieurs mois de hausse, tandis que le second œuvre était en légère progression . Mais les perspectives 2026 sont plus favorables. Les chefs d’entreprise anticipent une activité soutenue dans le bâtiment, après un mois de janvier marqué par une stabilisation .

Plusieurs signaux confirment ce rebond :

  • 68 offres d’emploi dans le BTP étaient disponibles sur la seule plateforme Manpower en février 2026, pour des postes de conducteurs d’engins, chefs d’équipe, maçons coffreurs et monteurs-soudeurs

  • Les formations BTS bâtiment sont programmées jusqu’en 2028 dans les lycées de la région, notamment à Saint-Jean-de-Braye, Saint-Pierre-des-Corps, Joué-lès-Tours et Chartres

  • Le réseau BTP CFA Centre-Val de Loire, présent sur 5 campus (Blois, Chartres, Châteauroux, Orléans, Saint-Pierre-des-Corps), accompagne 3 000 apprenants chaque année vers les métiers du bâtiment et des travaux publics

Une aide à l’apprentissage maintenue

Pour soutenir le recrutement dans le secteur, le gouvernement a maintenu l’aide à l’embauche d’apprentis en 2026. Les entreprises de moins de 250 salariés bénéficient toujours de 5 000 € pour l’embauche d’un apprenti préparant un diplôme du CAP au Bac pro, et 6 000 € pour un apprenti en situation de handicap .

En revanche, les aides pour les formations supérieures (BTS, licences, masters) ont été revues à la baisse, signe d’une priorité donnée aux premiers niveaux de qualification où les besoins sont les plus criants .

Des difficultés de recrutement persistantes

Malgré ce soutien, le secteur souffre toujours de difficultés de recrutement. Selon l’enquête de la Banque de France, 23 % des entreprises du bâtiment déclarent rencontrer des difficultés pour embaucher, un taux supérieur à la moyenne des trois secteurs (17 %) .

Ces tensions s’expliquent par plusieurs facteurs :

  • L’attractivité en berne des métiers du BTP auprès des jeunes générations

  • La concurrence des grands chantiers nationaux (notamment ceux liés aux Jeux Olympiques de 2024 et à leurs prolongements)

  • Une pyramide des âges vieillissante dans le secteur

Synthèse : trois secteurs aux dynamiques complémentaires

Secteur

Indicateurs clés 2026

Forces

Défis

Agroalimentaire

2,4 M ha de SAU ; 22 500 exploitations ; 342 établissements ; 3,4 Mds€ CA

3ᵉ région agricole européenne ; filière protéines végétales en développement ; charte de structuration signée

Transformation insuffisante sur le territoire ; partage de la valeur à améliorer

Aéronautique

Exportations en hausse de 1,3 % ; activité au-dessus de la moyenne LT

Carnets de commandes solides ; défense et aérospatiale porteurs

Problèmes d’approvisionnement ; concurrence internationale

BTP

68 offres d’emploi sur une plateforme ; 3 000 apprenants formés

Rebond du second œuvre ; aides à l’apprentissage maintenues

Difficultés de recrutement (23 % des entreprises) ; baisse du gros œuvre

Quelles perspectives pour le reste de l’année ?

Christian Delhomme, directeur régional de la Banque de France, se veut prudent mais optimiste : « Il peut y avoir des éléments plus favorables pour 2026 » . La baisse de l’inflation, l’avantage compétitif des entreprises industrielles françaises et le maintien des soutiens publics sont autant d’atouts.

Cependant, l’incertitude budgétaire et les tensions géopolitiques restent des facteurs de risque. Les chefs d’entreprise font preuve d’« attentisme », selon l’enquête de conjoncture, et l’atonie des financements publics est régulièrement évoquée .

La réponse à ces défis passe par la structuration des filières, la montée en compétences des actifs et l’innovation. Sur ces trois fronts, l’aéronautique, l’agroalimentaire et le BTP du Centre-Val de Loire ont montré leur capacité à se mobiliser collectivement. Une mobilisation qui sera plus que jamais nécessaire dans les mois à venir.

Sources : Banque de France – Enquête régionale Bilan 2025/Perspectives 2026 (février 2026) ; Régions de France ; DRAAF Centre-Val de Loire ; Horizons ; Dev’up Centre-Val de Loire ; Manpower ; BTP CFA Centre-Val de Loire ; Région Centre-Val de Loire.

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